Un singe qui n'existe qu'ici
Le colobe roux de Zanzibar, Piliocolobus kirkii, est endémique de l'île d'Unguja. On l'appelle localement kima punju. Il se reconnaît à son dos roux, son ventre clair et l'auréole de poils blancs qui encadre sa face noire. Comme tous les colobes, il n'a presque pas de pouce : une adaptation à la vie dans les branches.
Le recensement complet mené par la Wildlife Conservation Society a établi une population totale d'environ 5 862 individus. Près de la moitié vit dans le parc national de Jozani-Chwaka Bay, le seul parc national de Zanzibar. L'espèce est classée en danger sur la liste rouge de l'UICN.
Le sud fait partie de son territoire
C'est le point que peu de visiteurs connaissent : l'espèce ne dépend pas seulement de Jozani. Elle occupe aussi un chapelet de forêts sur roche corallienne qui s'étend de la réserve de Kiwengwa-Pongwe, au nord, jusqu'à la forêt de Mtende, à la pointe sud de l'île.
Autrement dit, le lodge se trouve dans l'aire de répartition de l'espèce. Les singes que l'on voit passer le matin ne sont pas une curiosité de passage : ils appartiennent à une population endémique en danger.
La difficulté est que la plupart de ces fragments forestiers sont petits et situés hors des zones officiellement protégées, dans une île dont la densité humaine dépasse 400 habitants au kilomètre carré. Moins de deux pour cent de la surface d'Unguja est consacrée à la conservation de la faune et de la flore indigènes.
Les menaces, dans l'ordre
- La perte d'habitat, d'abord : agriculture sur brûlis, coupe de bois de construction, production de charbon, développement immobilier.
- La fragmentation : des groupes isolés dans des îlots de forêt trop petits pour assurer un brassage génétique.
- Les collisions routières. À la lisière sud de Jozani, une route traverse le domaine vital de plusieurs groupes. Quatre ralentisseurs ont été installés sur environ 600 mètres, mais les singes traversent aussi en dehors de cette zone.
- Le conflit avec les cultures : les colobes mangent les bananiers et le manioc des petites parcelles voisines, ce qui a longtemps découragé les agriculteurs de les protéger.
Ce qui fonctionne
Le colobe est protégé par la loi depuis 1919, mais la protection légale seule n'a jamais suffi. Le parc de Jozani-Chwaka Bay a été créé selon un processus participatif, avec l'objectif explicite que les villages voisins touchent une part des revenus du tourisme. Avant cela, les communautés voyaient le gouvernement encaisser l'argent des visiteurs pendant que les singes détruisaient leurs cultures.
Le second levier est le zonage des terres communautaires, à travers des accords de gestion forestière communautaire qui donnent aux villages le mandat de gérer leurs propres zones. Le colobe sert d'espèce parapluie : en protégeant son habitat, on protège tout ce qui vit dedans.
Ce que vous pouvez faire, concrètement
- Ne jamais nourrir les singes, où que ce soit. Un singe nourri s'approche des routes et des maisons, et finit écrasé ou abattu.
- Rouler lentement sur la route de Jozani, en particulier au petit matin et en fin d'après-midi.
- Garder ses distances : trois mètres au minimum. Les primates attrapent nos maladies respiratoires.
- Passer par le parc national plutôt que par des arrêts sauvages en bord de route : le billet finance la gestion et les villages.